Chroniques de la haine #2 – Les commentaires sur internet

Quand tu commences une carrière de journaliste, rédacteur, chroniqueur, blogueur et plein d’autres mots en -eur, on essaye de t’inculquer tout un tas de principes qui font toute la beauté du métier, tu vois, ouais, ouais, carrément, c’trop ça. Sauf qu’il y a une chose qu’on oublie souvent de te dire : les gens sont génétiquement programmés pour ne pas t’aimer. Surtout sur les internets.

A l’époque, c’était simple. Quand M. Durand lisait un article dans son journal quotidien et que ça l’enchantait moyennement, il beuglait à Jeannette de lui ramener le papier à lettres, ladite Jeannette rappliquant généralement ventre à terre avec le papier sténo dans une main, et le stylo Mont-Blanc dans l’autre.

M. Durand écrivait alors une missive bien sentie au journal, ils vont voir de quel bois je me chauffe ces petits cons. Pour calmer l’ire de M. Durand, le journal publiait la lettre et notre cher homme en pissait presque de joie dans son pantalon, t’as vu comment je les ai mouchés ces petits cons.

C’était simple. Aujourd’hui, n’importe quel gugus disposant d’une connexion 3G peut commenter n’importe quoi, n’importe quand, sur n’importe quel sujet.

Gif 1
N’importe qui, te dis-je

Putain, mais qui a inventé l’anonymat sur internet ? Parfois, tout ce que m’inspire ce concept, ce sont simplement des relents nazis qui me donnent envie de ficher tous ces connards d’anonymes et leur couper leur connexion. Juste pour le simple plaisir de les imaginer se boulotter eux-mêmes à cause d’un trop-plein de frustration.

Alors je sais, liberté d’expression, tout ça. C’est bien. Mais je sais pas, quand je pense à la liberté d’expression, j’ai en tête un concept un peu plus noble que celui d’un frustré des testicules (ou de la vulve, pas de discrimination ici, que diable) qui insulte copieusement l’auteur d’un article. Même pas drôles les insultes, en plus. Encore moins argumentées.

Depuis quelques années que je sévis sur les internets, j’ai eu le temps de faire un listing des insultes les plus répandues. Je te dresse donc mon portrait-robot, dépeint avec l’aide des commentateurs anonymes.

  • Je suis née avec une cuillère en argent dans la bouche

Il fut un temps où j’étais chroniqueuse pour un très gros site. Or, il est bien connu que pour se retrouver dans une grande entreprise, il faut avoir des connexions. Je dois donc forcément faire partie du cercle restreint des bobos parisiens où tout le monde se connaît et se retrouve tous les trois mois pour faire la fête à Neuilly et sniffer de la coke sur les seins d’une strip-teaseuse.

Gif 2
Party hard à Neuilly

Dans la vraie vie : je suis née dans un patelin paumé, j’ai débarqué à Paris à 21 ans seulement, j’ai trouvé ce job un peu par hasard. J’écrivais mes articles en pyjama. Le seul gros friqué que je connaisse, c’est le patron d’une très grosse boîte d’outillage de jardin. Pratique.

  • J’ai couché pour réussir

C’est bien connu, si on n’a pas de connexions, il faut coucher pour réussir. Penses-tu, avoir un peu de talent ne suffit pas. Donc, une fois qu’il fut établi que je n’étais pas née dans un cercle de parisiens branchés, je devais forcément avoir appâté le chalant avec ma vulve.

Etonnamment, ce genre de remarques n’est jamais arrivé quand j’écrivais sous un pseudonyme masculin. Un homme, ça mérite toujours sa place.

Gif 3
Dompter les trolls quand on est une femme – Leçon 1

Dans la vraie vie : je sais pas, on m’a juste fait confiance. Je n’ai jamais eu besoin de montrer mes tits pour obtenir un poste. Même en étant bourrée.

  • Je suis une socialo-gaucho-communiste

Les médias, c’est le mal. Les journaleux scribouillards socialistes de la dernière heure fomentent tous un complot pour faire taire la frange droite de la politique. Je veux faire triompher la bien-pensance de l’extrême, c’est la déchéance de la société, Maleus Maleficarum !

Dans la vraie vie : je suis centriste.

  • Je suis une nazie fasciste

Faudrait savoir.

Dans la vraie vie : j’ai ri quand un gamin a chanté Maréchal nous voilà dans Les Choristes. Je présente mes excuses aux personnes que j’ai pu choquer.

Gif 4
Ou pas, en fait.
  • Je suis un auteur raté

J’ai forcément dû rêver d’être écrivain. De toute façon, quelqu’un qui écrit sur internet ne rêve que de ça, c’est bien connu. Sauf qu’après avoir envoyé mon manuscrit à 2 658 maisons d’édition et essuyé autant d’échecs, j’ai dû me résoudre à écrire de la merde sur les internets. Ma prose sent la frustration de l’auteur raté. Je devrais me tatouer des peintures rupestres sur le corps avec un stylo bic pour me punir.

Dans la vraie vie : mon dernier manuscrit remonte à une rédaction au collège. Ca faisait dix pages et j’ai pas pu le lire à voix haute devant la classe pour cause d’extinction de voix. Depuis, je n’ai pas écrit l’ombre d’un putain de script.

  • Je ne suis pas drôle

J’ai rarement écrit sur de la politique, plus souvent sur des sujets un peu légers. Mais bordel, on ne rigole pas sur de la télé-réalité. C’est sérieux ces choses-là, il y a des vies en jeu. Un peu d’analyse que diable.

Pas trop quand même parce que bon, la télé-réalité, c’est quand même de la grosse merde, les 32% de parts d’audience c’est pas moi, je commente juste pour te dire que tu mérites le bûcher pour encourager une telle dépravation. Et en plus, t’es pas drôle.

Gif 5

Dans la vraie vie : Kad Merad était vachement plus drôle avec Olivier mais il cartonne deux fois plus depuis qu’il est pote avec Dany Boon. Donc bon, l’humour, c’est quand même un concept un peu flou.

Voilà, les internautes de l’extrême ont dressé mon portrait avec, comme tu peux le voir, une justesse implacable (non).

Je dis pas, on trouve parfois au milieu de cette correspondance de l’enfer un internaute bienveillant qui sait faire la part des choses. Qui critique avec intelligence, en apportant des arguments. Qui parfois même, te défend.

Si tu fais partie de cette catégorie, sache que j’ai érigé un autel à ton intention dans ma chambre. J’allume un cierge et trois encens tous les soirs. Si tu fais partie de l’autre catégorie, à ta place, je ferais très attention à ma ligne internet. J’ai des connexions…

%d blogueurs aiment cette page :