Doit-on prendre en compte le vote blanc ?

Pendant les dernières élections régionales, on a beaucoup parlé de l’abstention, et de ce qu’elle signifiait. Mais on n’a pas assez parlé du vote blanc à mon goût. Faut-il le comptabiliser dans les suffrages exprimés ?

Durant la semaine qui a suivi le premier tour des régionales, mon flux Facebook a été inondé de photos et liens se plaignant de la montée du Front National, ou vantant le taux d’abstention. Parce qu’apparemment, s’abstenir de voter est un vrai geste citoyen, un rejet du système en place.

C’est bien beau, sauf que quand on ne se déplace pas pour voter, on laisse les autres décider pour nous. Problème : quand on vote, surtout lors de ces dernières élections, c’est pour la moins pire des solutions. C’est un peu compliqué de laisser le ras-le-bol s’exprimer par la voie démocratique.

Pleurs
Oui je sais, c’est dur.

Arrive donc sur la table le vote blanc. Jusqu’en 2014, il était compté dans l’abstention. Aujourd’hui, il est comptabilisé dans les votes… mais n’a aucune influence sur les résultats. C’est quand même un peu con… Alors doit-on le comptabiliser dans les suffrages exprimés ?

  • Les chiffres

Voyons donc un peu les chiffres, parce que des pourcentages, c’est un peu abstrait. Au 1er mars 2015, il y avait 44,6 millions d’électeurs en France. Lors du second tour des régionales, l’abstention était de 41,6% environ, soit 18,5 millions de personnes.

Admettons que 15% des abstentionnistes l’aient fait de manière consciente, en désirant véritablement rejeter le système. Ça nous donne 2,8 millions de personnes contestataires.

Quid des votes blancs ? Au second tour, 2,8% des votants ont déposé un bulletin vide, ce qui représente 740 446 personnes. Et pour les nuls ? 547 198 personnes ont donné un vote nul. Admettons toujours que 15% de ces gens l’aient fait de manière consciente, ça descend le chiffre à 82 080 personnes.

Elections
Tous les chiffres sont là.

Donc, total des personnes qui ont contesté le système en place :  3 429 278. Bon, on est d’accord que ça reste un chiffre un peu aléatoire, étant donné que j’ai pris les 15% au hasard, il n’y a aucune statistique à ce sujet. Mais c’est loin d’être un chiffre maximum.

Or, ces 3 429 278 personnes ont été complètement ignorées par le système démocratique. Pour te donner un ordre d’idée, c’est un peu comme si on disait à l’ensemble des votants de l’Alsace et de la Lorraine (moins la communauté urbaine de Strasbourg) de bien aller se faire enculer (pardon) et de retourner chez les Teutons parce qu’on s’en fout de leurs votes.

Jim Carrey
Voilà.
  • Mais alors on fait quoi ?

Il y a plusieurs solutions. Le politologue Thomas Guénolé milite depuis longtemps pour une obligation du vote. Autrement dit, obliger les citoyens à voter sous peine de sanctions, comme par exemple une amende. Ce serait possible, plusieurs démocraties très proches de nous l’ont fait : la Belgique, le Luxembourg, ou encore l’Australie ou le Brésil.

Claude Bartolone a aussi évoqué cette possibilité en avril dernier dans un rapport sur l’engagement républicain. Mais il est resté assez vague sur les sanctions. Dans les autres pays, peu importe les amendes et sanctions, le taux frôle toujours les 90%.

Du coup, en contrepartie (parce que bon, c’est quand même chiant de se déplacer parfois, il fait froid en hiver et tout), il faudrait rendre le vote blanc valide. Bah oui, quand tu te déplaces jusqu’au bureau de vote (et que tu te cailles les miches dans le même temps), c’est quand même un tantinet frustrant que ce soit comme si tu n’avais rien fait.

  • Et quand le vote blanc est valide, ça se passe comment ?

C’est là que c’est encore compliqué.

On peut comptabiliser le vote blanc, sans qu’il ne change rien au résultat final. En gros, le candidat qui réunit le plus gros pourcentage remporte l’élection mais cela supprime le principe de majorité absolue. Pour résumer : « Mon petit pote, t’as été élu mais t’as plutôt intérêt à assurer si tu veux pas qu’on te coupe les noisettes au cutter émoussé ». Pas sûr que ce soit franchement efficace.

Dans le cas où le vote blanc serait majoritaire, l’élection serait annulée et réorganisée un mois plus tard, si les politiques revoient leur copie et proposent un programme plus adapté aux désirs des citoyens.

Mr Bean
Voilà à peu près ce qu’on dirait à la politique

En France, une association appelée « Les citoyens du vote blanc » désire présenter un candidat « blanc ». Son élection permettrait d’organiser une grande consultation populaire concernant les vraies attentes des citoyens. Ensuite, il se retirerait pour invalider le scrutin.

La méthode est idéale sur le papier mais à ce stade, ça me paraît un tantinet utopique et surtout chaotique. Mais bon, ça pourrait peut-être faire changer les choses.

Dans tous les cas, et en attendant que ça change un peu, ce serait quand même bien de ne pas laisser passer le Front National. Nan sérieux. Mon petit coeur de femme ne s’en remettrait sans doute jamais…

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