Journalisme caniveau : la faute à qui ?

On pense que le journalisme est mort. Que ce sont tous une bande d’infâmes connards sans scrupules. La vérité, c’est que tout ça, c’est notre faute.

Je me suis couchée hier soir, le cerveau embrumé par tout ce que j’avais pu lire les minutes précédentes. Encore une attaque. En France. Un 14 juillet. J’ai écumé tous les réseaux sociaux, et cherché toutes les informations que je pouvais trouver. Malheureusement, c’est bien compliqué de démêler le vrai du faux dans les premières heures d’un événement aussi terrifiant…

Je suis donc allée me coucher. La mort dans l’âme. Avec pour seule consolation, l’espoir qu’on pourrait sans doute en savoir un peu plus le lendemain matin.

Ce matin, je me suis réveillée en découvrant ce que je redoutais depuis des mois et des mois. Cette nuit, le vrai journalisme a manifestement décidé d’ériger son propre bûcher et de s’immoler dessus en place publique.

« C’est qui le cadavre là ? »

BFM et I-Télé, on était habitués. Les interviews de gens qui ne comprennent pas ce qu’ils foutent là, on savait. Les transformations de rumeurs en faits, on savait. Les bandeaux à retardement, pareil.

Mais avec France 2, on s’attendait pas à ça. On s’attendait pas à voir des gens interviewés à côté des cadavres de leurs proches. Qui aurait pu penser qu’on verrait la vidéo du camion foncer sur la foule, en mode repeat, et au ralenti pour être bien sûrs qu’on n’a rien manqué ?

France 2

Je ne vais pas m’attarder à énumérer toutes les irresponsabilités de la télévision française hier soir, un article de Slate le fait beaucoup mieux que moi.

Mais les chaînes d’information ont passé un cap, celui de la décence. Le recoupement des sources ? Oublié. La pudeur ? Oubliée. Les faits ? Oubliés. Les rumeurs ? Ce sont des faits.

Notre faute

A tel point qu’on se demande comment une telle dérive a pu se produire. Est-ce que ce sont les journalistes qui sont mal formés ? Doit-on s’en prendre aux écoles ? Non, c’est malheureusement à nous-mêmes qu’il faut s’en prendre.

Depuis quelques années, nous sommes rentrés dans un mode de vie où il nous faut tout, tout de suite, de préférence gratuitement. On considère l’information comme quelque chose qui nous est dû, sans qu’on ait besoin de s’impliquer en quoi que ce soit.

Le journalisme, c’est un vrai métier. C’est un métier qui demande du temps et de vraies qualités. Ce n’est pas quelque chose qui s’improvise. Et comme tout métier, il mérite un salaire décent. On voudrait disposer de l’information gratuitement, peu importe comment sont payés les journalistes.

Je vais vous dire comment sont payés les journalistes depuis que nous n’achetons plus la presse, et depuis qu’on râle sur la redevance télé. Ils sont payés avec les revenus issus de la publicité. Et les gens qui investissent dans la publicité ne jurent que par une chose : la rentabilité. Un journal doit se vendre. Une chaîne doit faire de l’audience. De préférence rapidement, sinon elle est morte et les gens sont virés.

Et comment est-ce qu’on attire du monde ? On le choque, par tous les moyens possibles. Du sang, du sexe, la mort. Le triptyque gagnant. Ou en tout cas, celui qui donne les meilleurs résultats en un minimum de temps. Il n’a pas fallu longtemps pour que l’ensemble de l’information se décompose autour de ces trois thèmes…

L’information est un droit

L’information, ce n’est pas cela. L’information, c’est un droit. Un droit qu’il faut exercer avec prudence, et qui nécessite un investissement de la part de celui qui reçoit. Et quand je parle d’investissement, c’est dans tous les sens du terme.

Je parle d’investissement matériel bien sûr. Mais surtout d’investissement psychologique. Ne prenez jamais pour argent comptant ce que quelqu’un peut vous dire. Renseignez-vous, lisez, regardez, cherchez, soyez curieux.

C’est malheureusement notre seule chance dans un monde que nous foutons en l’air nous-mêmes…

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